Jacques Réda

Restons timbrés

Timbres de l’auteur et Dominique Pagnier.

40 pages ‒ 14 x 22 cm

On pensera que je fais preuve moi-même d’un excès d’éloquence, compte tenu du sujet que j’envisageais d’aborder. Certains s’étonnent – c’est un étonnement ricaneur – que l’on ne puisse traiter d’un thème, même modeste, sans remonter à l’origine du (ou des) univers, s’ils en ont une. Mais c’est la moindre des choses à mon très humble avis. Car autrement, comment comprendre ce dans quoi nous sommes compris, et par exemple cet acte banal d’écrire une lettre et d’aller la glisser dans une des boîtes jaune-triste de la Poste ? Ce fut un signe – un mauvais signe –, ce changement de couleur au détriment d’un bleu proche de celui des paquets de cigarettes Gauloises, celles que l’on avait fumées depuis Vercingétorix. Une sorte de bleu horizon est resté pris dans ce jaune de beurre un peu ranci.

Jacques Réda, dernière grande plume de sa génération, est fervent partisan des correspondances manuscrites et des envois postaux. Affranchissons-nous avait déjà relevé, dans la rêverie, le plaisir de ces pratiques. L’envoi d’une lettre tenait alors de l’anodin : pressentait-il déjà les changements que le numérique portait en son germe ? Ici Jacques Réda vole au secours de ce patrimoine fait de petits bureaux de province, de timbres trafiqués et de négociations à foison. Son verbe, vengeur et nostalgique, gifle la modernisation du système postal et prône le délice du chaos face à ses rouages cadencés. Un éloge qui ne se cantonne pas aux boîtes aux lettres et qui tente, d’un gai pessimisme, de ramener la société et son monde à la raison, vers l’essentiel et les joies sincères, ce monde «pris de démence et où tout nous incite à demeurer doucement mais fermement timbrés».

ISBN : 978.2.37792.102.7
  • 1033 exemplaires sur vélin ivoire de Lunéville.
    10 euros.
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