Henri Thomas

Reportage

Préface de Jacques Réda.

2019 ‒ 256 pages ‒ 14 x 22 cm

Les gens ne sont guère descriptibles, saisissables, que par le manteau des mots dont ils s’enveloppent, et qui est fait de la même étoffe que le nôtre. Appelons la conscience – l’être profond – Joseph. Putiphar (sa conscience, la mienne, la vôtre) peut le tâter, à travers le manteau, jusqu’à s’emplir de perceptions imaginaires, et bousiller le manteau : Joseph a disparu dans le tissu des mots. Putiphar soupire qu’elle l’a aimé, et que tous les hommes sont ainsi ; plein les bras, plein le cœur, plein l’esprit, et en fin de compte, quoi ? Des mots. Et des mots encore pour expliquer les songes !

Même dans cet endroit nommé Veules-les-Roses. On ne saura jamais ce que veulent les roses.

Henri Thomas est né en 1912. Proche de Gide et du groupe de la NRF, il noue très tôt de solides amitiés littéraires. Il publie en 1940 son premier roman, Le seau à charbon, puis l’année suivante son premier recueil poétique, Travaux d’aveugle. Après quelques années à Londres, John Perkins, prix Médicis en 1960, puis, Le promontoire, prix Femina en 1961, lui assureront une certaine notoriété. L’année 1965 marque le début d’une période sombre. Devenu veuf il ne publie que de minces plaquettes avant de renouer, en 1985, avec une intense activité créatrice.
Avec une fréquence presque ininterrompue Henri Thomas fera paraître dans la NRF, entre avril 1978 et mars 1982, quarante-deux Reportages. Ces pages de carnets, jamais réunies en volume, conjuguent tous les sentiments récurrents dans l’œuvre de Thomas : entre l’émerveillement d’une présence au monde et l’inquiétude à habiter une existence ordinaire. Où reportage rime avec vagabondage, où ellipses et ruptures offrent au provisoire et à l’éphémère l’assurance des choses pérennes, Henri Thomas affirme le droit souverain d’une invention capricieuse.

  • 848 exemplaires sur vélin ivoire d’Anglemont.
    26 euros.