Christian Bobin

L’homme du désastre

1986 ‒ 56 pages ‒ 14 x 22 cm

Ainsi étiez-vous, bondissant au cœur du réel, au centre de la vie crue, rouvrant à chaque fois la blessure de vos nerfs, la plaie d’un corps étouffé dans la peine de vivre sans vivre. Chacun de vos mots ainsi, rouge, écrasé sur la blancheur des pages. Dans votre voix ou dans ces complaintes du douzième siècle, c’est le même orage qui se lève, c’est le même homme qui écarte les branchages, pleure des larmes de fer, pénètre dans le bois pétrifié, c’est l’homme du désastre : l’enfant sans visage, tenu sous un charme que plus rien au monde ne saura rompre.

L’homme du désastre, c’est Antonin Artaud, ce frère d’ombre et de foudre, à qui Christian Bobin adresse cette longue lettre écrite avec cette trompeuse douceur qu’on lui connaît et d’où découle une méditation sur l’enfance, l’innocence, la précarité de l’existence. Séparés par le temps, Bobin et Artaud se rejoignent dans la même brûlure : celle d’exister trop vivement dans un monde trop étroit. Artaud n’y apparaît pas comme un poète «fou», au corps brisé par les électrochocs, mais comme un être d’une sensibilité extrême, révélant les fissures du réel. A travers sa figure, l’auteur parle aussi de lui-même : de ce que signifie écrire pour survivre. Le livre murmure une réflexion sur la beauté fragile, la menace de l’effondrement, ce qui sauve et ce qui détruit – et la parole comme dernier refuge.

ISBN : 978.2.37792.211.6
  • 20 exemplaires sur Johannot.
    indisponible.
  • Nouvelle édition à neuf cents exemplaires en mars 2026.
    15 euros.